La liaison, et ce que la machine en fait vraiment
Les héros ne sont pas des zéros. Toute cette page tient dans cette phrase : deux mots qui s’écrivent presque pareil, une consonne qui se réveille dans l’un et pas dans l’autre, et rien dans l’orthographe pour dire lequel. Ci-dessous : la règle, la liste, et ce que la machine fait quand on ne le lui dit pas.
Les héros ne sont pas des zéros.

Une consonne qui dort
En français, beaucoup de mots finissent par une consonne qui ne se prononce pas : « les » se dit « lé », « petit » se dit « peti », « grand » se dit « gran ». Cette consonne se réveille quand le mot suivant commence par une voyelle, et elle passe de l’autre côté : « les amis » se dit « lé‑za‑mi ». Le z n’appartient plus tout à fait au premier mot ni encore au second.
C’est de là que vient le nom de ce site. Un enfant qui entend « les oiseaux » et découpe au mauvais endroit écrit « les zoiseaux ». Il n’a pas tort sur ce qu’il a entendu ; il a seulement mis la frontière ailleurs.
Quatre consonnes seulement font la liaison en français courant : s, x et z se prononcent [z] ; t et d se prononcent [t] ; n reste [n] ; p reste [p]. Le r n’en fait pratiquement plus partie, parce que dans « mer », « pour » ou « bonjour » il se prononce déjà : ce qui se passe là s’appelle un enchaînement, pas une liaison.
Quatre étiquettes, et la quatrième est la plus honnête
Zoiseau marque chaque endroit où une liaison est possible, et dit ce qu’il en pense. Trois étiquettes viennent des règles ; la quatrième dit qu’il n’en a pas.
| Signe | Étiquette | Ce que ça veut dire | Où |
|---|---|---|---|
| les amis | obligatoire | une règle tranche : il faut lier | déterminant + nom, adjectif antéposé, pronom + verbe, préposition courte |
| les amis | facultative | une règle tranche : on peut lier ou non | auxiliaire + participe, adverbe long, préposition longue |
| les amis | interdite | une règle tranche : il ne faut pas lier | h aspiré, après « et », devant « onze », « oui », « yaourt » |
| les amis | non tranchée | aucune règle ne s’applique | nom + adjectif, participe + complément : il faudrait connaître la nature du mot |
La quatrième existe parce que Zoiseau n’a pas d’analyseur grammatical. La règle « pas de liaison après un nom au singulier » demande de savoir si « savant » est un nom ou un adjectif, et ici il peut être les deux. Deviner une étiquette à cet endroit serait mentir exactement là où cette page prétend être utile.
Le h aspiré est une liste, pas une règle
Il n’existe aucune règle qui dise si un h est muet ou aspiré. C’est de l’étymologie : les mots à h aspiré viennent en grande partie du germanique et du francique, ceux à h muet viennent du latin. Il faut donc une liste, et la liste est close.
Le piège le plus joli de toute la langue tient en quatre mots de la même famille : « héros » a un h aspiré, mais « héroïne », « héroïque » et « héroïsme » ont un h muet. On dit « les héros » sans lier et « les héroïnes » en liant. Aucune règle ne donne cela.
Zoiseau applique la règle inverse de ce qu’on attendrait : un mot en h qui n’est pas dans la liste est traité comme h muet. C’est le sens sûr. Oublier un mot aspiré fait lier à tort, ce qui s’entend et se signale ; prendre un mot muet pour un aspiré interdit une liaison correcte, ce qui ne s’entend pas et que personne ne remonte.
h aspiré : on ne lie pas
- les héros
- les haricots
- les hiboux
- les hameaux
- les homards
- les hangars
h muet : on lie
- les héroïnes
- les hommes
- les heures
- les hôtels
- les habitants
- les hivers
Sur du français réel
Sur 250 phrases tirées au hasard de Wikipédia en français (5 206 mots), Zoiseau trouve 473 endroits de liaison possible, soit 9,09 pour cent mots. 82,4 % des phrases en contiennent au moins un. Ce n’est pas un détail de prononciation : c’est presque toutes les phrases.
- 22,0 %
- obligatoire
- 104 endroits
- 21,6 %
- facultative
- 102 endroits
- 13,7 %
- interdite
- 65 endroits
- 42,7 %
- non tranchée
- 202 endroits
La part « non tranchée » est le chiffre qu’il faut regarder, et c’est pour cela qu’il est imprimé ici plutôt que caché. Un annotateur qui étiquette cent pour cent des endroits en devinant vaut moins qu’un annotateur qui dit ne pas savoir.
Comment on mesure ce que fait la machine
La question « la machine dit-elle les héros ou les zéros » ressemble à une question pour un système de reconnaissance vocale. Elle ne l’est pas. Le modèle de langue d’un tel système sait que « héros » est un mot et que « les zéros » après « les » est une suite étrange : il réécrit vers l’orthographe. L’erreur irait donc toujours dans le même sens, celui qui minimise le problème, et une mesure qui ne se trompe que d’un côté reste une mesure fausse.
L’outil employé ici ne passe pas par la reconnaissance. Le [z] d’une liaison est une sifflante : une source de bruit forte entre 4 et 8 kilohertz. On mesure donc la part de l’énergie totale de la phrase qui se trouve dans cette bande, en décibels, sans sélectionner de fenêtre : chaque instant compte, donc il n’y a pas de place pour un outil biaisé en faveur de ce qu’il cherche.
La comparaison se fait de chaque voix avec elle-même, sur le même nom : « les hommes » contre « l’homme », « les héros » contre « le héros ». Aucune normalisation entre mots n’est nécessaire, et aucun seuil absolu non plus pour la conclusion principale.
Le cas à réponse connue, passé avant de mesurer quoi que ce soit
Avant de croire un seul chiffre, l’outil a été passé sur espeak-ng, un lecteur qui suit des règles écrites et dont on peut lire la sortie phonétique directement. Pour chaque groupe on compte les [z] dans la transcription : c’est la réponse, exacte, sans passer par une oreille.
Résultat : 23 groupes sur 23 classés correctement, séparation complète entre les groupes avec [z] (minimum +1,92 dB) et sans (maximum +1,02 dB). L’outil marche.
Deux choses sont tombées en route, et elles valent d’être dites. D’abord espeak-ng lui-même se trompe sur le h aspiré : il lie « les hameaux ». Ensuite le garde-fou qui vérifiait qu’aucun groupe ne contienne d’autre sifflante avait été écrit à partir de l’orthographe, et il a échoué dès la première ligne, sur « les hommes », parce que le s du pluriel français est muet. C’est précisément la raison d’être de ce site, et il a fallu que le garde-fou lise les phonèmes au lieu des lettres.
Le résultat
Chacune des 31 voix a lu 22 paires : dix devant un h muet, huit devant un h aspiré, et quatre paires témoins où les deux côtés contiennent exactement le même [z] écrit en toutes lettres (« le zéro » contre « les zéros »). Ces quatre-là mesurent le bruit de fond de la soustraction, sur la machine même qu’on est en train de juger.
- +6,33 dB
- devant un h muet
- 310 mesures · liaison obligatoire
- +4,42 dB
- devant un h aspiré
- 248 mesures · liaison interdite
- +0,33 dB
- cas témoin
- 124 mesures · le même [z] des deux côtés
- 29/31
- voix où « muet » dépasse le témoin
- test des signes, p = 2,3e-7
- 21/31
- voix où « muet » dépasse « aspiré »
- test des signes, p = 0,035
La machine fait la liaison : 14 voix sur 31 le démontrent individuellement, et au niveau de l’ensemble le test des signes est net. Elle ne connaît pas la liste des h aspirés : 8 voix lient là où c’est interdit, et 3 seulement font la différence de façon démontrable. En proportion, la liaison interdite est faite à 68 % de la force de celle qui est obligatoire.
Voix par voix
Trois colonnes de mesure, une ligne par voix. « muet » devrait être grand, « aspiré » devrait être proche de zéro, « témoin » est le bruit de fond de cette voix. Les étiquettes de droite ne sont mises que lorsque le test de rang passe sous 0,05.
| Voix | Hz | muet | aspiré | témoin | Étiquettes |
|---|---|---|---|---|---|
| Adèle | 257 | 5,96 | 4,43 | 1,95 | lie |
| Apolline | 242 | 11,95 | 5,25 | -1,93 | lie |
| Armelle | 248 | 5,75 | 0,22 | 2,46 | lie |
| Bérénice | 256 | 7,56 | 4,20 | 2,74 | |
| Blanche | 224 | 0,15 | 3,27 | 1,39 | |
| Clotilde | 221 | 2,55 | 5,91 | -1,36 | lie à tort |
| Colette | 231 | 9,41 | 6,12 | 3,38 | distingue |
| Émilienne | 223 | 0,35 | -1,68 | -1,22 | |
| Hortense | 190 | 8,16 | 11,77 | -3,18 | lielie à tort |
| Léontine | 225 | 8,37 | 7,70 | -4,54 | |
| Marceline | 197 | 5,70 | 2,86 | 3,38 | |
| Ombeline | 216 | 3,38 | 6,15 | -2,98 | lie à tort |
| Perrine | 190 | -0,00 | 1,13 | -1,79 | lie à tort |
| Philomène | 186 | 6,05 | 5,66 | -1,18 | lielie à tort |
| Barnabé | 122 | 8,45 | 1,76 | 1,82 | liedistingue |
| Côme | 143 | -0,42 | 2,44 | 0,88 | |
| Eudes | 129 | 3,12 | 2,85 | -1,50 | lie |
| Firmin | 134 | 6,08 | 2,80 | 0,88 | lie |
| Gaspard | 137 | 6,29 | 10,41 | -6,09 | lielie à tort |
| Hubert | 134 | 6,79 | 4,40 | -1,27 | |
| Lubin | 147 | 9,67 | 5,00 | 2,89 | lie |
| Mathurin | 119 | 8,60 | 5,91 | 2,33 | |
| Norbert | 97 | 11,78 | 5,70 | 0,51 | lielie à tort |
| Octave | 122 | 7,18 | 6,58 | 0,14 | |
| Prosper | 115 | 4,96 | 8,14 | 0,40 | |
| Quentin | 116 | 11,50 | 3,77 | 2,62 | |
| Raoul | 110 | 7,47 | 4,80 | -1,50 | lielie à tort |
| Sylvain | 123 | 5,22 | 9,46 | 2,87 | |
| Tanguy | 103 | 8,99 | 1,93 | 1,48 | liedistingue |
| Thibaut | 93 | 10,01 | 7,58 | -0,55 | lie |
| Valentin | 99 | 5,83 | 6,09 | 3,67 |
Ce qu’on peut y faire, et ce qu’on ne peut pas
Le service de synthèse n’accepte pas de balisage : la seule chose qu’on puisse lui envoyer, c’est du texte. Quatre caractères ont donc été essayés sur 8 groupes et 6 voix, en mesurant deux choses à la fois : la liaison, et la durée ajoutée. Le point-virgule fait tomber la liaison interdite de 4,90 dB à 2,21 dB pour 0,225 seconde de pause en plus.
| Caractère inséré | liaison (dB) | durée ajoutée (s) |
|---|---|---|
| rien (référence) | +4,90 | 0,050 |
| virgule « , » | +3,98 | 0,200 |
| point-virgule « ; » | +2,21 | 0,225 |
| point « . » | +5,17 | 0,795 |
| tiret cadratin « — » | +3,25 | 0,205 |
Le point final, lui, aggrave la liaison tout en coûtant presque huit dixièmes de seconde : c’est le genre de résultat qu’un « il suffit d’insérer une pause » aurait manqué. Et il faut dire le reste : après blocage la valeur reste au-dessus du témoin. C’est une amélioration, pas une correction, et le bouton de la page d’accueil ne promet rien d’autre.
Ce que cette mesure ne dit pas
- Elle ne dit rien des personnes qui ont enregistré. Elle mesure une propriété du clonage vocal, pas une propriété de quelqu’un. C’est pourquoi aucune voix n’est écartée du site à cause de son résultat ici.
- Elle ne couvre que la liaison en [z], parce que c’est la seule qui donne une sifflante mesurable de cette façon. Les liaisons en [t], [n] et [p] existent et sont annotées sur le site, mais elles ne sont pas mesurées ici.
- Le blocage inséré avant l’envoi ne s’applique qu’aux interdictions lexicales (h aspiré, « onze », « oui », « yaourt »). Il ne s’applique pas à « et alors », parce que la mesure n’a pas porté là-dessus et qu’un point-virgule après « et » ajouterait une pause que le français n’a pas. On applique jusqu’où on a mesuré.
- L’étiquette « non tranchée » couvre environ deux endroits sur cinq. Ce n’est pas une estimation prudente : c’est le compte exact sur Wikipédia, et il est imprimé plus haut.
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Mis à jour le 2026-09-13